Les agences de notation sont accusées de tous les maux qui gangrènent actuellement le système financier à tort ou à raison…C’est pourtant bien la relation de dépendance exagérée du marché à la notation qui est critiquable.
Suite à la crise des subprimes, l’une des critiques majeures adressée aux agences de notation par leurs détracteurs concernait le caractère pro cyclique de leurs prises de décision alors même que leurs erreurs d’évaluation avaient au préalable nourri la bulle sur le marché du crédit structuré.
Au cours de cette période, les dégradations massives décidées par les agences de notation avaient contribué à accentuer les difficultés des acteurs économiques, institutions financières, entreprises, ménages… détériorant d’un côté leurs conditions d’accès au crédit tout en accentuant la crise de confiance à l’origine de la raréfaction de l’offre de crédit.
Le paroxysme de la crise étant atteint lorsque le niveau de confiance est tel que l’offre de crédit se trouve littéralement asséchée empêchant les différents acteurs économiques de se refinancer entraînant défauts de paiements et faillites.
Même si elles n’étaient pas les seules, la responsabilité des agences de notations dans cette crise pouvait légitimement être surlignée ce qui parait ne pas être le cas pour la crise des souverains dont est victime aujourd’hui l’Europe.

En effet, les agences de notation, tenant compte de cette critique sur la pro cyclicité de leurs analyses, ont cette fois privilégié des facteurs structurels et un horizon de moyen terme pour prendre leurs décisions. Non, cette fois, la faute incomberait plutôt aux gouvernements européens qui ont sciemment laissé filer leurs déficits alors que le respect d’un taux inférieur à 3% était un critère essentiel de la mise en place de l’Union économique et monétaire européenne…Ce laxisme budgétaire corrélé à un recours à l’endettement de plus en plus important n’aurait pas pu perdurer indéfiniment. Et c’est le fort ralentissement de l’activité économique avec des taux de croissance quasi nuls qui a mis en exergue un déséquilibre devenu structurel. Certes, le « timing », sans doute à retardement, des décisions des agences de notation est là encore discutable ; il n’en demeure pas moins que les dégradations décidées n’ont pas lieu d’être contestées au regard des éléments précités.
Néanmoins, l’augmentation de la volatilité et l’ampleur des changements de notes relancent les débats sur la référence à la notation comme mesure du risque et la problématique de la dépendance aux notations.
Le terme « Désintoxication » est employé pour évoquer l’idée de la réduction de la dépendance aux notations. Quelle serait l’impact d’une disparition ou d’un remplacement des notations comme références réglementaires ?
Il s’agit là d’un défi majeur dont l’enjeu est l’adoption de nouvelles mesures d’évaluation qui n’exacerberaient pas la pro cyclicité et la volatilité des réactions suite à une décision de dégradation…
Dans cette perspective, l’internalisation des modèles de risque par les différents acteurs serait une piste à suivre.
Ces derniers ne sont néanmoins pas égaux en termes de capacité à élaborer leur propre modèle d’évaluation. Parallèlement, la question de la disponibilité et la transparence de l’information est un aspect à prendre en considération.
Finalement, pour remédier au côté mécanique de l’usage actuel de la notation et éviter ainsi les réactions démesurées aux mouvements de notes, exiger des acteurs qu’ils conduisent une analyse interne parait être une idée pertinente. Celle-ci prend notamment tout son sens dans l’industrie de la gestion d’actifs dans laquelle les critères de référence actuels sont très restrictifs et présentent un risque important au vue du contexte économique et financier. Des mesures incitatives doivent être pensées et décidées afin que le marché adhère à ce type d’approche.
Mathilda Dubrail / Michael Dahan / Cyril Tabet