Collectivités locales : quel avenir sans Dexia ?
Précisons avant tout que Dexia est présentée à tort comme une Banque de Financement et d’Investissement. Dexia n’est pas une BFI mais une banque de financement des collectivités locales : mairies, hôpitaux, régions, structures semi-publiques, présentant une structure ALM originale.
Rappelons également, que la crise de 2011, contrairement aux idées reçues, n’est pas une crise bancaire, mais une crise de la dette souveraine. Les banques détentrices d’obligations d’états, ont dû, suite aux différentes dégradations des notes souveraines par les agences de notations, passer de fortes provisions pour dépréciation d’actifs. Ce qui s’est fortement ressenti sur leurs résultats.
Depuis la privatisation du CLF, le financement des collectivités locales, assuré historiquement par la Caisse des Dépôts, s’est retrouvé pris en charge par le secteur privée : Dexia - fusion du Crédit Local de France et du Crédit Communal de Belgique.
L’objectif de cette fusion était de créer un champion transnational sur ce secteur d’activité.
Mais pour diverses raisons, cette fusion n’a jamais pris et leurs ambitions jamais réalisées.
Dexia est devenue au cours du temps l’un des plus importants émetteurs de papiers corporate au monde. Dexia empruntait sur le marché des sommes qu’elle (re)prêtait ensuite aux collectivités locales tout en prenant sa marge entre les deux.

Comment Dexia s’est retrouvée dans une situation financière « catastrophique » ?
Deux raisons (parmi d’autres) : Liquidité à court terme devenant bien plus chère, les projets de financement ne devenaient plus rentables ; Et dépréciations fortes du fait d’un portefeuille obligataire souverain important (crise de la dette).
Dexia, soutenue par les états !
C’est justement parce que Dexia détient le financement des collectivités locales, que les états Français et Belge l’ont soutenue. Aujourd’hui, Dexia Banque Belgique (DBB) et Dexia Crédit Local (DCL) ont repris leur indépendance.
Voilà que se pose un nouveau problème : celui du financement de nos collectivités locales ! Dexia, sous la tutelle de l’Etat, ne peut plus sur ordre de la commission européenne continuer son activité. Qui pourrait donc reprendre cette activité ?
Les banques de financement ?
Au vu des contraintes réglementaires et autres réformes baloises, cela immobiliserai trop de fonds propres.
La Banque Postale ?
Elle détient le cash nécessaire, mais culturellement adverse au risque pour reprendre ce type d’activité.
Dexia, une force commerciale !
Au-delà de sa capacité de financement, Dexia est dotée d’un fort réseau commercial qui lui a permis de nouer des liens très forts avec les directeurs financiers et trésoriers des clients finaux.
Il parait difficile aujourd’hui à une autre banque de développer un tel maillage commercial du territoire, sauf à le reprendre.
Quelle solution ?
Ne faudrait-il pas alors restructurer la partie française de la banque, en la nationalisant pendant un certain temps, dans le but de la relancer sur le cœur de son activité ?
Cette perspective n’est pas facile à vendre aux Autorités de la Concurrence Européenne qui ne souhaitent pas, pour ne pas fausser la concurrence, qu’une banque ou qu’une entreprise privée soit soutenue par un état.
Franck Sebban